Les extrémistes allemands – comment freiner la montée en puissance de l’AfD
- Dix questions cruciales sur une procédure judiciaire contre l'AfD
- Crainte pour l'Allemagne, crainte de l'Allemagne
- Comment interdire un parti politique en Allemagne
- Qu'est-ce que la « remigration » ?
« Un jour, on écrira des livres d'histoire sur ces années qui s'ouvrent devant nous […] Et si ces livres devaient avoir une fin malheureuse, ce serait à cause de l'insouciance et de l'opportunisme de ceux qui, nombreux, en porteront la responsabilité. »
Justus Bender (2025)
Chers amis de l'ESI,
Un parti qui souhaite voir l'Allemagne s'allier à la Russie de Vladimir Poutine, abandonner l'Ukraine à son sort, qui considère la Pologne comme une menace, qui promet d'expulser des millions de musulmans et qui veut que l'Allemagne quitte (et détruise) l'Union européenne pourrait-il arriver au pouvoir à Berlin ?
Il y a quelques années, cette idée aurait pu sembler farfelue. Aujourd'hui, la réponse, bien que troublante, est : oui, c'est possible. Au cours des deux dernières années, rien ne paraissait pouvoir enrayer la montée en puissance de l'AfD (Alternative pour l'Allemagne). À l'été 2026, l'AfD est en tête des sondages nationaux, devançant tous les autres partis. Ses positions se radicalisent par ailleurs de plus en plus. L'AfD représente une menace pour la démocratie allemande, ses minorités, ainsi que pour les alliés et voisins européens de l'Allemagne. Son accession au pouvoir mettrait fin à près de huit décennies d'intégration allemande dans les structures européennes – une ère qui a apporté une sécurité et une prospérité sans précédent à travers tout le continent.
Cet été, les hommes politiques les plus populaires d'Allemagne, les ministres-présidents issus de différents partis dans les seize Länder – les chefs de gouvernement des seize États régionaux allemands, dont le rôle est comparable à celui d'un gouverneur d'État aux États-Unis –, seront confrontés à une décision que leurs prédécesseurs n'ont pas osé prendre depuis des années : faut-il soumettre la question de la constitutionnalité de l'AfD à la Cour constitutionnelle fédérale de Karlsruhe – seule instance habilitée à interdire un parti politique –, et si oui, quand ? Notre dernier rapport explique pourquoi cela est désormais possible et s'impose d'urgence, et pourquoi cette décision peut et doit être prise dès juillet 2026 :
Les extrémistes peuvent-ils conquérir le pouvoir en Allemagne ?
L'AfD, une menace pour l'Europe, et l'heure du courage pour les démocrates


Martin Sellner, militant identitaire : Cem Özdemir (ministre-président du Bade-Wurtemberg, né en Allemagne de parents immigrés turcs) est un « colonisateur » et l'AfD doit son succès à son radicalisme.
À gauche : « Cem Özdemir (Les Verts) a été élu hier premier ministre-président musulman du Bade-Wurtemberg. Il a remporté l'élection en partie grâce au vote ethnique : le bloc électoral des migrants non assimilés et non européens grossit à chaque cycle électoral. Özdemir est le premier non-Européen à exercer une fonction de pouvoir politique dans cette région européenne depuis que l'histoire est écrite. Il gouvernera 11,3 millions de personnes. C'est une colonisation étrangère. »
À droite : « Ils disaient que l'AfD n'atteindrait jamais 20 pour cent si elle ne prenait pas ses distances avec la remigration et notre mouvement. Elle est aujourd'hui à près de 30 pour cent et Björn Höcke a apporté son soutien à @RESUM26 et @SaveEuropeAct. »
La voie menant à une procédure d'examen de la constitutionnalité passe par le Bundesrat – la chambre où sont représentés les gouvernements des seize Länder, et qui a qualité pour saisir la Cour constitutionnelle afin que celle-ci se prononce sur la constitutionnalité d'un parti. La majorité requise pourrait y être atteinte cet été.
Reste à voir si, à l'issue d'un examen approfondi, la Cour constitutionnelle décidera d'interdire le parti au niveau fédéral, de supprimer son financement public ou de « se limiter » à interdire les sections régionales les plus radicales pour inconstitutionnalité. L'AfD existe à la fois comme parti national et comme seize sections distinctes, une par Land ; une décision pourrait donc s'appliquer à l'ensemble du parti ou uniquement à ses sections les plus extrêmes. C'est aux juges de Karlsruhe qu'il revient d'en décider. La loi stipule à ce sujet :
« Lorsque la requête prévue par l'article 21, paragraphe 2 de la Loi fondamentale [la Constitution allemande, qui permet d'interdire les partis cherchant à abolir la démocratie] est fondée, la Cour constitutionnelle fédérale constate que le parti politique concerné est inconstitutionnel. Cette constatation peut se limiter à une partie autonome du parti sur le plan juridique ou organisationnel. »
L'issue d'une telle procédure dépend également de l'AfD elle-même. Le parti pourrait prendre ses distances par rapport aux responsables, courants et positions d'extrême droite et identitaires – le mouvement identitaire est un courant d'extrême droite qui souhaite que les pays européens conservent une population ethniquement « autochtone » et s'oppose à l'immigration, notamment musulmane. Il pourrait suivre la voie d'autres partis populistes contestataires de droite en Europe. Jusqu'à présent, toutes les tentatives en ce sens ont connu un échec cuisant.
Aujourd'hui, selon le journaliste Frederik Schindler, l'extrémiste de droite Björn Höcke (figure de proue de l'aile la plus radicale de l'AfD et dirigeant du parti en Thuringe, à l'est du pays) est « l'incarnation la plus marquante de l'idéologie de l'AfD ». Le journaliste Robin Alexander écrivait à ce sujet en 2025 :
« L'AfD s'est radicalisée, mais pas Höcke. Il a toujours été un extrémiste de droite […] Non seulement l'AfD n'est pas un parti normal, mais ce n'est pas non plus un parti de droite ordinaire […] L'AfD a évolué vers ce que Höcke a toujours été. »
En juin 2023, le parquet de Francfort a estimé qu'il n'était pas contraire à la loi de qualifier Höcke de nazi. Il a classé sans suite une plainte pour injure déposée contre un manifestant qui avait brandi en mai 2023, lors d'une manifestation anti-AfD à Königstein, une pancarte portant la mention « Björn Höcke est un nazi ». Le parquet y a vu « non pas une insulte, mais un jugement de valeur fondé sur des faits, qui, dans le cadre du discours politique, est couvert par la liberté d'expression garantie par l'article 5 de la Loi fondamentale ». Höcke se serait ainsi « exprimé ces dernières années […] dans un esprit clairement nationaliste et ethnique, avec des connotations racistes, en mettant en avant une prétention naturelle des Allemands à diriger, et en recourant à maintes reprises à des formulations […] qui faisaient partie du vocabulaire courant des représentants du national-socialisme avant mai 1945 ».
L'AfD est aujourd'hui une « AfD de Höcke ». Or, une AfD de Höcke est clairement anticonstitutionnelle. Pourrait-il bientôt exercer son autorité sur les citoyens allemands et les forces de l'ordre à Berlin, à Erfurt (capitale de la Thuringe) ou à Magdebourg (capitale de la Saxe-Anhalt) ?
Débat sur l'AfD à Londres
Mehdi Hasan, Maximilian Krah et ESI
Dix questions cruciales
Une procédure d'interdiction visant un parti politique peut-elle vraiment aboutir ? Est-elle légitime ou au contraire antidémocratique ? Quel est le bon moment pour l'engager ? De nombreux malentendus entourent ces questions. Dans notre dossier, nous soumettons dix questions et leurs réponses afin de vous aider à y voir plus clair en cet été historique :
- Un parti politique peut-il être interdit en Allemagne ?
- L'interdiction d'un parti politique est-elle antidémocratique ?
- Peut-on tirer des enseignements des précédentes procédures d'interdiction ?
- Pourquoi l'AfD craignait-elle une procédure d'interdiction l'an dernier ?
- Pourquoi l'AfD ne craint-elle plus de poursuites judiciaires cette année ?
- Comment l'AfD se comporte-t-elle sans cette crainte ?
- Un tribunal de Cologne n'a-t-il pas blanchi l'AfD ?
- Un « pare-feu » politique sans procédure judiciaire a-t-il un sens ?
- Faut-il attendre les élections régionales de l'automne pour agir ?
- Dans quelle mesure peut-on être certain que la procédure aboutirait ?
Pour les réponses : Les extrémistes peuvent-ils conquérir le pouvoir en Allemagne ? L'AfD, une menace pour l'Europe, et l'heure du courage pour les démocrates.


Kirill Dmitrijew, le bras droit de Poutine, les 3 et 6 juin 2026
Crainte pour l'Allemagne, crainte de l'Allemagne
L'Allemagne est le principal soutien européen de l'Ukraine et le pivot logistique du renforcement du flanc est de l'OTAN. Si l'AfD amenait le pays le plus puissant de l'Union européenne à adopter une ligne pro-russe, ce pilier s'effondrerait.
Aujourd'hui, l'AfD ne laisse planer aucun doute sur son orientation : elle rejette les sanctions, exige la fin des livraisons d'armes à l'Ukraine et prône la « sécurité avec la Russie ». Le coprésident du parti, Tino Chrupalla, a déclaré en novembre 2025 ne voir « actuellement aucun danger pour l'Allemagne de la part de la Russie », minimisant la guerre d'agression en la qualifiant de prolongement d'une « guerre civile » qui aurait commencé en 2014 ; sur Poutine, il a ajouté que celui-ci « ne lui avait rien fait ». Le cofondateur Alexander Gauland avait, quant à lui, qualifié la Crimée, en 2014, de « territoire russe ancestral » et défendu son annexion ; tout en reconnaissant que celle-ci était contraire au droit international, il avait néanmoins estimé que cet aspect importait moins que sa « légitimité ».
Une percée de l'AfD lors des élections d'automne ferait douter les voisins de l'Allemagne de la fiabilité de celle-ci. Pour Varsovie ou Tallinn, un Berlin tenant un tel discours ne serait plus une protection, mais un risque. Les pays qui soutiennent l'Ukraine avec le plus de détermination et redoutent le plus la Russie, c'est-à-dire, les États baltes (l'Estonie, la Lettonie et la Lituanie) et les pays nordiques, seraient les plus directement touchés.
L'année 2025 a montré à quelle vitesse les relations peuvent se détériorer, même entre les alliés les plus proches. À peine Donald Trump avait-il pris ses fonctions qu'en l'espace de quelques semaines, les relations de Washington avec deux partenaires de longue date sont devenues hostiles. Il a menacé le Danemark, membre fondateur de l'OTAN, de droits de douane punitifs et n'a pas exclu le recours à la force militaire pour s'emparer du Groenland ; les services de renseignement danois ont alors, pour la première fois, classé les États-Unis au même rang que la Russie et la Chine parmi les menaces pesant sur la sécurité nationale. Un ancien ministre danois des affaires étrangères a comparé l'attitude de Trump aux revendications territoriales allemandes sur la Pologne dans les années 1930. La confiance entre voisins, construite au fil des décennies, peut s'effondrer en quelques mois si l'une des parties mène une politique agressive, révisionniste et imprégnée d'identitarisme. Nulle part ailleurs un tel effet ne se ferait plus sentir qu'entre l'Allemagne et la Pologne, où le souvenir de la violence allemande reste le plus vif. Les relations sont d'ailleurs déjà tendues : le chef de l'AfD, Chrupalla, présente la Pologne comme un danger pour l'Allemagne. La montée en puissance d'un parti nationaliste et anti-européen en Allemagne est dangereuse pour l'Europe tout entière. Elle raviverait l'ancienne « crainte de l'Allemagne » et saperait la confiance si difficilement construite entre voisins démocratiques, et cela précisément au moment où les démocrates européens ont plus que jamais besoin de cohésion.
Si l'on prend un peu de recul, on constate une situation que l'Europe n'a pas connue depuis des décennies : un Kremlin agressif, qui mène en Ukraine la guerre la plus meurtrière en Europe depuis 1945 et se prépare à d'autres conflits ; une Maison-Blanche dont la volonté de dissuader Poutine et de soutenir l'Europe est depuis longtemps mise en doute ; et des partis extrémistes et anti-européens qui, en Allemagne aussi, n'ont jamais été aussi puissants. Une constellation comparable ne s'était produite pour la dernière fois qu'en 1948, l'année précédant la fondation de l'OTAN. À l'époque, les soldats de l'Union soviétique de Staline stationnaient à l'Est ; vinrent ensuite le coup d'État de Prague en février et le blocus de Berlin à partir de juin, tandis que les partis communistes comptaient parmi les forces les plus puissantes en France et en Italie. Mais sur un point décisif, la situation en 1948 était plus favorable qu'aujourd'hui : les États-Unis se rangeaient clairement du côté des démocraties européennes.
C'est donc un moment de danger comme les démocrates européens n'en ont pas connu depuis des générations. C'est pourquoi tout repose en premier lieu sur un seul pays. L'Allemagne est la plus grande économie de l'Union européenne et le pivot de la défense conventionnelle de l'OTAN sur le continent. Son instabilité ne serait pas seulement un problème allemand : elle constituerait un risque pour l'ensemble du continent. C'est pourquoi l'été 2026 sera un été où tout se décidera non seulement pour la démocratie allemande, mais pour toute l'Europe démocratique. La dynamique politique peut facilement devenir une force irrésistible. Il est plus aisé de l'enrayer que de l'inverser ; dès lors qu'un sentiment d'inévitabilité s'installe et que le rempart à l'Est et dans l'économie commence à s'effriter, une nouvelle dynamique s'auto-entretient. Une décision du Bundesrat cet été pourrait toutefois briser cet élan.
Au début des années 1950, le jeune État allemand faisait face à une Union soviétique en pleine expansion. Le chancelier Konrad Adenauer a alors pris plusieurs décisions rapides et courageuses : l'ancrage à l'Occident, l'adhésion à l'OTAN – et la première procédure d'interdiction d'un parti politique de la jeune République. À la demande de son gouvernement, la Cour constitutionnelle fédérale a déclaré, le 23 octobre 1952, le Parti socialiste du Reich (un parti néonazi fondé après la guerre), organisation héritière du NSDAP (le parti nazi de Hitler), inconstitutionnel et l'a interdit. La leçon d'Adenauer est qu'un homme d'État doit prendre des décisions à l'heure du danger. Il n'y a jamais de moment idéal, soulignait-il en 1952 :
« Un homme politique responsable, un homme d'État, ne peut assurément pas faire une chose : il ne peut pas simplement se réfugier dans l'inaction sous prétexte qu'il n'existerait aucune possibilité d'agir sans inconvénients ; car alors, d'autres agiront sans tenir compte de celui-ci et de son pays, et ce pays se retrouvera inévitablement à la traîne. »
Aujourd'hui encore, il s'agit de prendre une décision politique plutôt que de la reporter. Comme en 1952. Et aujourd'hui, à l'été 2026.
Cordialement,
Gerald Knaus
Twitter/X : @rumeliobserver
BlueSky : @geraldknaus.bsky.social
Pour en savoir plus :
Nouveau rapport : Les extrémistes peuvent-ils conquérir le pouvoir en Allemagne ?
L'AfD, une menace pour l'Europe, et l'heure du courage pour les démocrates
Tête-à-tête : Débat sur l'AfD avec Mehdi Hassan (en anglais)
Le reste, c'est de la politique : Sur l'Allemagne et l'AfD avec Gerald Knaus (en anglais)
2plus2ist4, podcast sur l'AfD :
La superpuissance identitaire (en anglais)
Épisode 4 du podcast : L'AfD sera-t-elle interdite en 2026 ? (en allemand)
Épisode 5 du podcast : La Saxe-Anhalt et le pouvoir des récits (en allemand)
Sur l'AfD et Poutine, ESI sur Al-Jazeera « Head to Head »
Annexe 1 : Comment interdire un parti politique en Allemagne
Qui doit agir maintenant ? Cela dépend d'au moins huit Länder : quatre sont dirigés par le SPD, trois par la CDU et un a un ministre-président issu des Verts. (Petit guide des partis cités dans ce bulletin : le SPD est un parti social-démocrate, de centre-gauche ; la CDU et son parti frère bavarois, la CSU, sont les principaux partis chrétiens-démocrates, de centre-droit ; les Verts sont le parti écologiste. Parmi les partis plus modestes mentionnés ci-dessous figurent le FDP – favorable aux entreprises –, les Électeurs libres – formation régionale –, La Gauche – parti de gauche radicale – et le BSW – nouveau parti alliant une politique économique de gauche à une ligne dure en matière d'immigration.) Notre rapport expose la voie à suivre pour obtenir une majorité au Bundesrat :
Composition du Bundesrat, juin 2026
|
Länder |
Voix |
Ministre-président |
Parti(s) au pouvoir |
|
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|
|
|
|
Basse-Saxe |
6 |
Olaf Lies (SPD) |
SPD, Les Verts |
|
Berlin |
4 |
Kai Wegner (CDU) |
CDU, SPD |
|
Schleswig-Holstein |
4 |
Daniel Günther (CDU) |
CDU, Les Verts |
|
Brême |
3 |
Andreas Bovenschulte (SPD) |
SPD, Les Verts, La Gauche |
|
Hambourg |
3 |
Peter Tschentscher (SPD) |
SPD, Les Verts |
|
Sarre |
3 |
Anke Rehlinger (SPD) |
SPD |
|
Rhénanie du Nord-Westphalie |
6 |
Hendrik Wüst (CDU) |
CDU, Les Verts |
|
Bade-Wurtemberg |
6 |
Cem Özdemir (Les Verts) |
Les Verts, CDU |
|
Bavière |
6 |
Markus Söder (CSU) |
CSU, Électeurs libres |
|
Hesse |
5 |
Boris Rhein (CDU) |
CDU, SPD |
|
Brandebourg |
4 |
Dietmar Woidke (SPD) |
SPD, CDU |
|
Saxe |
4 |
Michael Kretschmer (CDU) |
CDU, SPD |
|
Saxe-Anhalt |
4 |
Sven Schulze (CDU) |
CDU, SPD, FDP |
|
Thuringe |
4 |
Mario Voigt (CDU) |
CDU, SPD, BSW |
|
Mecklembourg-Poméranie occidentale |
3 |
Manuela Schwesig (SPD) |
SPD, La Gauche |
|
Rhénanie-Palatinat |
4
|
Gordon Schnieder (CDU) |
CDU, SPD |
|
|
69 |
|
|
Jaune : plutôt en faveur d'une procédure – 35 voix. Vert : pas encore en faveur d'une procédure – 34 voix.
Il s'agit désormais de passer des paroles aux actes. Les paroles claires n'ont jusqu'à présent pas manqué. Le 29 juin 2025, par exemple, le congrès du SPD a adopté la position suivante :
« Dès sa création, l'AfD a affiché des tendances d'extrême droite – aujourd'hui, elle est clairement d'extrême droite. L'aile nationaliste ethnique domine le parti. Il n'existe de fait plus aucun contrepoids démocratique au sein de l'AfD. Les preuves de l'inconstitutionnalité de l'AfD sont accablantes : elles sont multiples, documentées et imputables au parti lui-même. Björn Höcke, qualifié d'extrémiste de droite par un tribunal, aurait dû être exclu dès 2017. En 2019, le président d'honneur de l'AfD l'a présenté comme le 'centre du parti'… Nous n'accepterons pas une telle menace pour notre démocratie. »

Anke Rehlinger et Olaf Lies
La Basse-Saxe, dirigée par le SPD, a qualifié la section régionale de l'AfD de « clairement d'extrême droite ». En mai 2025, la ministre-présidente de la Sarre, Anke Rehlinger (SPD), a déclaré :
« Les électeurs ne disparaîtraient pas pour autant si l'AfD était interdite. Le débat politique reste donc essentiel. Mais la procédure d'interdiction, si elle aboutit, vise un parti d'extrême droite avéré, qui souhaite transformer notre État en une dictature autoritaire où les individus ne seraient plus égaux et ne jouiraient plus des mêmes droits … »

Hendrik Wüst et Daniel Günther
En janvier 2024, Hendrik Wüst (CDU), ministre-président de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, a affirmé :
« L'AfD est, et cela apparaît de plus en plus clairement, un parti dans lequel des nazis purs et durs donnent le ton ; c'est un parti nazi… C'est pourquoi il est juste d'appeler un chat un chat. Un parti dans lequel les nazis donnent le ton, où sont défendus des discours nazis, est un parti nazi. »
En mai 2025, Daniel Günther (CDU), ministre-président du Schleswig-Holstein, a lui aussi pris position :
« Le gouvernement fédéral doit désormais engager sans délai une procédure d'interdiction afin de protéger notre démocratie. [L'AfD] constitue une menace pour notre ordre constitutionnel libéral et démocratique, et elle met en péril notre paix sociale. »
Berlin, dirigée par la CDU, se montre également très claire. Le 5 mai 2025, le maire de Berlin, Kai Wegner (CDU), s'est exprimé en ces termes : « Björn Höcke est un nazi. Qui d'autre, sinon lui ? » Le 20 juillet 2025, la sénatrice berlinoise chargée de la justice, Felor Badenberg (CDU), a souligné, dans une interview accordée à la Süddeutsche Zeitung (l'un des principaux quotidiens nationaux allemands), que l'AfD « agit de manière stratégique et évolue la plupart du temps à la limite de ce qui pourrait lui être juridiquement compromettant. Elle bénéficie manifestement de conseils professionnels, dans le but clairement affiché de rester tout juste dans les limites de ce qui est légalement autorisé. » Toutefois, au sein de la section thuringienne de l'AfD, « la preuve est nettement plus facile à apporter, notamment au regard de déclarations et de projets concrets visant à mettre en œuvre des objectifs anticonstitutionnels. » Et :
« Il me semble qu'une erreur a été commise en ne lançant pas cette procédure contre Björn Höcke bien plus tôt. Cela aurait envoyé un message fort. »
Le 3 décembre 2025, les groupes parlementaires des deux partis au pouvoir, la CDU et le SPD, ont adopté à l'Abgeordnetenhaus – le parlement du Land de Berlin –, une résolution adressée au gouvernement du Land (Sénat) :
« L'Abgeordnetenhaus s'engage en faveur d'une démocratie forte [le principe allemand selon lequel une démocratie est en droit de se défendre, y compris en interdisant les partis qui cherchent à la détruire]. Cela implique de lutter contre les groupes et partis extrémistes et anticonstitutionnels qui, de par leurs objectifs ou le comportement de leurs membres, visent à porter atteinte à l'ordre démocratique libéral ou à le renverser. »
Annexe 2 : Qu'est-ce que la « remigration » ?

L'Allemand Björn Höcke, l'Autrichien Martin Sellner, la « remigration »
Que signifie le terme « remigration » pour le dirigeant de l'AfD Höcke et l'auteur identitaire d'extrême droite Martin Sellner ? La « remigration » est un terme d'extrême droite désignant l'expulsion massive d'immigrés et de leurs descendants, par le biais de reconduites à la frontière ou de pressions soutenues les poussant au départ, y compris lorsque ces personnes sont citoyennes. Voici un extrait du livre de Sellner, salué par d'éminents responsables de l'AfD :
« Exemple n° 1 : les Afghans
Avant 1977, il n'existait en Allemagne aucune donnée concernant les migrants afghans. Jusqu'en 2023, leur nombre avait atteint environ 420,000 en raison de plusieurs vagues migratoires successives. Selon le quota d'immigration proposé, 920 personnes au maximum auraient dû immigrer pendant cette période (si tant est qu'il y en ait eu) … Le dépassement de ce faible quota entraînerait, d'une part, un arrêt immédiat de l'immigration et, d'autre part, un groupe cible potentiel de remigration d'environ 420,000 personnes. Celles-ci seraient soumises aux mesures de remigration, allant des expulsions aux pressions à l'assimilation, de sorte qu'au final, toute présence afghane organisée aurait complètement disparu. »
Qu'ils soient citoyens allemands ou non, les « mesures de remigration » de Sellner feraient disparaître ce groupe de 420,000 personnes d'origine afghane.
Le fait qu'il s'agisse pour lui de citoyens est également mis en évidence par ce message publié sur X, qui vise les maires musulmans (des citoyens !) :


Traduction :
« Le vote ethnique noyaute les partis politiques allemands.
Comme Londres et New York, les villes allemandes auront des maires musulmans.
Remigration maintenant ! »
« L'islam conquiert l'Angleterre
Le maire de Londres est musulman.
Le maire de Birmingham est musulman.
Le maire de Leeds est musulman.
Le maire de Blackburn est musulman.
Le maire de Sheffield est musulman.
Le maire d'Oxford est musulman.
Le maire de Luton est musulman.
Le maire d'Oldham est musulman.
Le maire de Rochdale est musulman. »
À droite : « Et ce n'est pas normal. Imaginez que, dans toutes les grandes villes de Turquie, les maires deviennent soudainement chrétiens. Ça suffit. Il nous faut un tournant : retour au pays et désislamisation. »
(Ce message est à la fois raciste et trompeur. Le poste de maire de Londres, élu au suffrage direct, est une fonction exécutive réelle. La plupart des autres ne sont que des fonctions honorifiques. Le poste de Lord-maire de Birmingham est « une fonction civique, apolitique et non exécutive », dépourvue de « tout pouvoir de décision ». Le site web du conseil municipal d'Oxford précise : « Le poste de Lord-maire d'Oxford est […] une fonction honorifique dépourvue de tout pouvoir politique. »)
